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 winter wind.

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[sun is rising]
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MessageSujet: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:31

   

- leon marcus darbyshire -
vingt-huit ans - professeur de solfège - straw hat
date, lieu de naissance: il est né en plein hiver, au terme d'une année mouvementée, et durant longtemps, ça a fait sourire maman qui, attendrie par les gazouillements, le berçait du largo de l'hiver. elle n'a jamais vraiment aimé vivaldi, ou plutôt les quatre saisons, mais le rire clochette de l'enfant, à chaque sautillement des notes, acheva de la dompter et, avec tout son amour, elle lui offrait ses plus beaux moments au piano, dans leur petit appartement caché au beau milieu de londres. nationalité, origines: deux bords de mer se mélangent dans ses yeux gris et métisses, le doux givré et la douceur des pays-bas de maman qui viennent panacher le ciel ombrageux de l'angleterre de papa. il a sur la langue le roulement germanique de ses deux identités entre lesquelles il partage son temps : la capitale grouillante d'attachés-caisses dans le corps et les landes de l'est, infinies et saturées en air pur, dans le cœur. la vie contre la famille. les parents ont choisi la vie, guidés par la musique qui résonnait comme un concentré de vibrations. statut civil, orientation sexuelle: leon, amoureux perdu et éperdu de la beauté, n'a jamais vu que le corps féminin, qu'il sublime de ses doigts sur la peau, de ses doigts sur les notes qu'il tirait sensuelles ou timides, distraites ou complices, soulignant un sourire fugace et involontaire. il n'a jamais été charmeur, plutôt indéfectiblement attiré par ce qui brille : le caractère impossible qui le bouscule, la spontanéité fatigante, le désir mordant d'une vie remplie. la lumière, la couleur dans son univers en noir et blanc qu'il affronte seul. job, statut financier: tirant un trait sur un passé qui lui semble toujours appartenir à quelqu'un d'autre, il se contente de répondre un « j'enseigne le solfège » humble. toujours à graviter autour du piano, sans jamais plus l'atteindre, sans jamais plus lui faire confiance. son présent est récent, comme si la douleur avait donné naissance à un enfant de vingt-six ans mais il s'y accroche comme un noyé à sa bouée. sa bouée de normalité. situation familiale: fils unique et petit miracle, enfant imprévu d'un couple à la vie folle, qui ne purent freiner qu'en découvrant qu'une infime part de leurs êtres allait vivre encore un peu plus longtemps. loin de ses grands-parents, loin des siens, éparpillés des deux côtés de la mer du nord, il a vécu dans un cocon de velours, avec pour frères les instruments et pour sœurs les notes. et leur dynamique à trois, instable, brutale, dévote, douce d'un amour sans précédent, s'est brisée lorsque maman, dévorée par l'absence d'avenir sous ses pas, décida d'abandonner. traits de caractère: travailleur, dévoué, contemplatif, discret, émotif, réfléchi, attentif, évanescent, troublé, enfantin, entreprenant, responsable, souriant, secret, loyal, sarcastique, lunatique, curieux, autodidacte, humble, débrouillard, désintéressé, patient, introverti, distant, passionné. avatar, crédits: liam hemsworth, egon schiele (tumblr).

- it's these expressions you never give -
(01) Leon avait cinq ans lorsque maman comprit qu’il serait pianiste, comme elle. À l’époque, seule dans son monde binaire de noir et de blanc, elle aimait dérouler, pour son fils, mille et unes histoires qu’il comprenait difficilement mais qui, malgré tout, ne manquaient jamais de faire naître sur son visage poupon cet air surpris et ravi qui la faisait sourire aussitôt. Il se balançait doucement sur le rythme toujours tendre de la mélodie. Il la connaissait par cœur, l’accueillait comme une amie, comme les mains de maman lorsqu’elles se penchaient sur lui et caressaient ses cheveux pour l’apaiser. Et après un moment à se battre contre ses paupières lourdes, il finissait par se rouler en boule sous le piano, s’endormait avec sa couverture préférée et le patchwork de couleurs chatoyantes contre les prunelles. C’était le rituel. La berceuse du soir. Sa meilleure amie. Leur partage éternel, ce creux d’amour qui n’appartenait qu’à maman et Leon. Infiniment doux et chaud, un ronronnement léger contre la nuque. Leon avait cinq ans, le jour où maman rentra si fatiguée, si bouleversée, à tel point incapable de tendre son esprit vers quiconque, qu’il s’assit lui-même face à l’instrument monumental et, sans hésitation, avec sa joie enfantine, délivra la berceuse – une succession de notes qu’il s’était toujours contenté d’écouter. Maman ne fut pas la seule à recevoir, ce jour-là. Derrière son visage noyé de larmes, en retrait, se tenait papa, géant à la fois subjugué et terrifié. (02) Le son des vagues s'écrasant sur le sable lui faisait plisser le nez tandis qu'il s'approchait avec prudence. Ses mains retenaient son bonnet de laine aplatissant ses mèches blondes jusqu’à son nez, parce que le vent qui agitait l’écume s’amusait à lui faire peur. Tombera, tombera pas. Grondera, grondera pas. Oma n’aimait pas qu’il joue trop près de l’eau, comme si elle avait peur qu’elle ne l’engloutisse. Pourtant, quand il défiait les règles pour trébucher sur le sable mouillé, guettant l’arrivée de la marée, il ne la voyait pas comme une ennemie. Il l’attendait, concentré, planté sur ses petites jambes fragiles. Le cœur battant et les joues rouges. Et elle arrivait, violente, amusée et taquine, et lui, il s’écriait « de golf ! » et se précipitait loin de la mousse, avant d’éclater de rire et de courir à nouveau provoquer la vague qui ne pouvait l’atteindre. Son nez coulait, ses yeux piquaient, il faisait froid, ses pieds étaient mouillés et ses doigts gelés. Il n’aurait voulu rentrer pour rien au monde. Enfant des eaux, enfant des landes, il n’aimait jamais autant le monde qu’en hiver, quand les gens laissaient les choses enfin respirer et qu’elles pouvaient enfin être elles-mêmes. Il aimait Londres, mais il aimait encore plus les galets des plages de Brighton et le sable de celles de la Zélande, il aimait encore plus la Veluwe et ses étendues infinies dont Opa lui racontait les mésaventures des trolls qui l’habitaient. Il savait comment déceler les traces de leur passage : les petits tas de cailloux empilés qui étaient en réalité les repères pour retrouver le chemin de leur terrier. Comme c’était un secret seulement connu des habitués de la Veluwe, Opa lui avait fait jurer de ne rien dire à personne. Et Leon, effrayé à l’idée que les trolls ne retrouvent jamais leur famille, n’a jamais rien dit. (03) Le métronome humain. Le robot. Et le regard obstinément baissé sur le pavé des coulisses de l’académie, pas par honte, mais parce qu’il est perdu dans ses pensées. Il sirote distraitement son jus pomme-cerise, en essayant de contrôler ses doigts qui tremblent. L’attente. L’attente. Un, deux, trois. L’attente. Non, trop rapide. Un. Deux. Trois. Il n’aime pas les récitals. Il n’aime pas attendre. Il a le temps sentir monter l’angoisse, de sentir brûler dans son estomac les morsures de la bête qui le hante, lorsqu’il attend. Si maman se rend compte qu’il a eu peur avant de jouer, elle va crier. S’il y a quelque chose que Leon déteste encore plus qu’attendre, c’est lorsque maman s’énerve. La marionnette. Il ne comprend rien à la musique. Il n’écoute pas, recroquevillé dans son costume taille réduite. Les autres tournent en rond, blancs, jaunes ou verts, à deux doigts d’éclater en sanglots. Tout juste assez grands pour comprendre l’enjeu mais pas encore assez que pour le gérer correctement. Leon aussi, il a un peu peur. Il ne devrait pas – il connait la partition par coeur, sur le bout des doigts, comme une litanie inconsciente qui se déroule en permanence dans son esprit, il sait la jouer avec autant d’aisance qu’il respire. Réveil, partition, déjeuner, partition, école, partition, diner, partition. Leçon, partition. Le métronome humain. Sans emotion. Aucune interprétation.  Il se fiche de ce qu’ils disent tous : s’il respecte la partition à la lettre, s’il l’aborde comme une déesse, s’il lui demande gentiment d’accepter de se dérouler sous ses notes, maman sera contente. Elle ne criera pas, il n’aura pas à se cacher sous le piano, il n’entendra pas papa supplier de se raisonner, la voix gorgée d’une émotion que Leon ne connait pas et ne veut pas découvrir, trop effrayé par tout ce qu’il ignore. Machinalement, il effleure son bras tuméfié, camouflé par la manche de sa chemise, et lorsque son nom résonne, le métronome humain, face aux regards scrutateurs des enfants, n’a plus peur. (04) L’enfant, l’adolescent, l’adulte Leon – tous ne vivaient plus que pour la musique. La mélopée interminable qui le guide, les sons longs ou précipités, l’attente tendue du retour ou l’avalanche colorée de beauté, les longues semaines de cauchemars, d’estomac noué, de solitude et d’acharnement avant les poignées de minutes trop courtes de lumière aveuglante face au public, voilà son quotidien. Sa vie. Son autre monde que ses amis aimaient mais ne comprenaient pas. « T’es dans la Lune, Leon ? », « Tu viens pas ce soir, Leon ? », « Faut que tu te reposes un peu, Leon ». Non, parce qu’il est ailleurs. Plus loin. Infiniment moins loin. Le lycée ne le préoccupe pas, il n’aura pas ses A-levels (sauf celui en classe de musique). Les autres parents s’inquiètent de le voir aussi peu concentré, sans réellement savoir que toute son attention est focalisée sur autre chose. Alors, il virevolte entre l’incompréhension qui entoure sa bulle bicolore, le monde extérieur qui l’attire comme un aimant et ses propres pensées inconstantes qui veulent une chose et puis son contraire. Est-ce vraiment grave que personne ne le saisisse ? Ne soit capable de s’immiscer avec lui dans son univers ? N’essaie de le faire ? Il en profite pour cultiver sa discrétion, qu’il a toujours chérie, fuyant l’attention des autres comme une malédiction. Il est de ces enfants pudiques, aux sentiments précautionneusement enveloppés dans de la soie et cachés comme un trésor dans une malle d’or. Toujours là, toujours secret, toujours caché. Avec un sourire charmant et maladroit qui verrouille l’entrée. (05) Maman ne fut pas la seule à écouter, ce jour-là. Derrière son visage noyé de larmes, en retrait, se tenait papa, géant à la fois subjugué et terrifié. Par son fils et par sa femme, par l’avenir promis et par l’avenir volé. Elle refusait d’en parler, esquivait la réalité, restait muette comme une tombe au sourire troublant, de celle qui comprend qu’elle a droit à une seconde chance. Elle cachait ses mains fragiles, comblait l’absence du piano par l’omniprésence de son duo. Ils étaient des âmes sœurs, dans la vie et sur la scène – elle, ténue et gracieuse devant son clavier et lui, fougueux et désordonné derrière son violon. Le feu et la neige, l’automne et le printemps. Ils se voyaient déjà chanter leur vie d’amour jusqu’à leur dernier souffle. Puis la neige est devenue tempête et la tempête l’a emportée. Pour elle, la pianiste, c’était un châtiment. Un châtiment pour quoi ? Pour avoir été heureuse. Son cerveau allait bientôt l’empêcher de jouer pour de bon, mais son être tout entier résonnait encore sur les touches, lorsque Leon s’amusait dessus. Chaque fois qu’il enfonçait une note, c’était elle qui accompagnait son geste. À travers lui, elle vivait encore, elle jouait encore, elle était immortelle. Elle lui lèguerait tout – il deviendrait parfait. Il aurait leurs deux vies devant lui et ne serait jamais oublié. Elle était forte, forte, forte. Pas si forte, face aux tremblements incontrôlés, qu’un beau jour, elle ne fut tout simplement plus capable de supporter. (06) Leon avait vingt-quatre ans lorsqu’il arrêta de jouer. Un abandon brutal, désarmant. Comme celui de maman, dont il ne cessait de revoir l’image même après sa mort. Il ne pouvait plus, il ne voulait plus, il ne parvenait plus. Ses doigts refusaient de s’approcher de l’instrument, au début, comme s’il avait été vénéneux. Mais le poison, c’était en lui, qu’il coulait. Dans ses veines, dans ses nerfs, contre ses tympans. Le bruit, les notes distordues, il jouait à s’en blesser les doigts, les larmes dévorant ses joues, incapable d’exprimer son chagrin autrement que de via cette extension de son être qu’il n’était plus certain d’aimer, à présent. Et brusquement, le silence. Seulement le son de ses mains martelant les touches, celui de sa respiration erratique et effrayée, des coups trop violents de son pied sur la pédale. À part ça : rien. Les notes désespérées qui l’emplissaient de désespoir avaient disparu. Déserté. À son tour, il était puni de sa faiblesse, de la faiblesse de maman et de leur incapacité à la surmonter. Son propre esprit l’abandonnait, lui ôtant tout ce qu’il était pour le renvoyer dans le monde réel sans la moindre arme ni défense. Les cauchemars, les souvenirs, l’angoisse latente des cris de maman ont remplacé la musique qu’il aimait tant. (07) Qu’est-ce que l’on fait, lorsque la seule chose pour laquelle on est doué n’existe plus ? Lorsqu’une vie toute entière de dévouement s’effrite entre des mains désemparées, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les os pourris, la chair brûlée à l’odeur infecte, le palpitant noirâtre et mal en point qui s’essouffle en refusant la fin inéluctable ? C’est tout ce qu’il restait de Leon, une fois dépourvu de tout ce qu’il avait toujours été. Pas grand-chose. Un homme aux sens abimés, sans présent et sans avenir, sans passion, au corps trop long qui tremble par intermittence et qui s’évertue à repousser les souvenirs, effrayé par le contrôle qu’il peine à garder sur son propre esprit. Un homme à reconstruire. Pourtant, la coquille vide et hantée continue à sursauter à chaque note tirée de ses cauchemars. « Do », regard confus. « Fa », mâchoires serrées. « Si », sa préférée. Il esquisse un sourire attendri en repensant à la façon dont papa chantait le « si », lorsqu’il lui apprenait le solfège, un peu éraillée, à cause de sa voix basse. Maman était une mezzo-soprano. Leon ? Une fois les bases acquises, il ne s’est plus jamais risqué à chanter. Le cheminement l’ayant amené à considérer l’enseignement du solfège reste flou même pour lui. Peut-être la sensation familière des touches froides sous ses doigts qui lui rappelle qui il est, peut-être les réminiscences douces d’une époque lointaine et sans douleur, à l’aube de sa vie, peut-être l’incapacité à laisser s’échapper son passé pour de bon. Que des peut-être. Ce qu’il sait, c’est qu’il s’est même remis à chanter, Leon. (08) Papa n’a pas eu l’air surpris lorsque Leon lui a annoncé qu’il partait. Ils venaient de partager deux ans de deuil, de chagrin, de flottement inconstant entre le désir féroce de s’accrocher à un passé révolu et celui, vital, de tourner la page. Deux ans durant lesquels papa le voyait dériver, se réveiller en sursaut pour retourner à son drôle d’état contemplatif à peine un battement de paupières plus tard. « Qu’est-ce qu’on a fait ? » il soufflait, tandis que son fils glissait hors du monde en même temps que l’amour de sa vie. Qu’est-ce qu’on a fait de cet être qui parcourait les continents sans même un regard en arrière, exalté face aux publics de pays dont il ne soupçonnait même pas l’existence, à jouer sans plus une hésitation les héritages des plus grands, de cet enfant dont le foyer était le monde entier ? On a détruit sa maison. Son seul repaire sur une Terre trop grande qu’il s’appropriait peu à peu, sa retraite, sa cachette. Il était un renard et on avait distillé dans son terrier l’odeur de la mort. Alors c’était à lui de reconstruire son palais, ailleurs. Quelque part loin de tout ce qui est porteur de souvenirs. Pourquoi Redcliffe ? Par hasard. Parce qu’il a ouvert Google Maps sans prêter attention et que le nom, évocateur d’absolu et de poésie, lui a plu. Parce qu’au pied d’une falaise rouge, il n’est plus que minuscule et insignifiant. Anonyme. (09) Probablement que la seule aspiration de Leon, aujourd’hui, c’est la simplicité d’une vie sous le soleil. Le plaisir de ne rien faire, le confort de la routine. Tout ce qui l’ennuyait autrefois mais dont il découvre les bons côtés avec le souffle long et calme de celui qui respire librement pour la première fois. Traîner après le travail en quête d’un livre, s’asseoir sans la moindre raison dans l’herbe, face au lac, s’imaginer vivre, aimer, apprendre, donner. Il goûte avec curiosité au quotidien prévu et imprévu, dessiné par un rituel journalier et l’absence totale de projet d’avenir. Ce qu’il sera, dans dix, quinze ans ? Il se plait à ne pas trop y penser, se voyant seulement entouré d’une épouse, d’enfants. Plusieurs, juste pour le plaisir de découvrir à quoi ressemble une fratrie. Dire qu’il manque d’ambition serait comme reprocher à un chien de refuser d’apprendre à parler. Éduqué à l’ambition, Leon ne s’était jusque-là jamais vu ailleurs qu’au sommet. Pas par quête de gloire, non, juste par quête de progrès, d’avancée et de certitude qu’il fera toute sa vie ce qu’il aime. Ce qu’il aime, aujourd’hui ? Il n’en est plus sûr. Il a toujours cette certitude au fond du cœur, toutefois, qu’il est encore loin de la fin de son parcours. (10) C’est bien souvent la nuit que Leon se réveille réellement, qu’il a ses pensées les plus complexes, qu’il joue le mieux, qu’il prend ses décisions, qu’il marche, marche, marche, dans toute la ville, simplement pour sentir ses bras frotter ses flancs et ses poumons quémander l’oxygène. Fuyant le sommeil et les cauchemars pendant longtemps, c’est en réalité lorsque le soleil se couche que lui se met en mouvement, son esprit se met à fonctionner à l’envers, exaltant tout ce qu’il n’est pas ou n’est plus à la lumière du jour. Il compose, s’occupe, comprend puis oublie la vie, apprend tout ce qu’il n’a jamais eu l’occasion d’apprendre lorsqu’il était plus jeune, il découvre le monde sous le prisme du possible. Il ne se refuse plus rien, imagine tout et sourit à ce Leon que les gens ignorent parce qu’il ne rentre pas dans la catégorie à laquelle il appartient d’ordinaire. Il aime profondément la nuit, Leon, parce qu’il ne doit plus rien à personne, plus rien n’a de conséquence, il est libre de devenir tout ce qui lui plait de devenir. Les heures dédiées à la société sont terminées et avec elles la bienséance dont il se pare comme un costume de commodités, et il ne reste plus que lui, profondément lui, intensément lui, et à ses côtés, ceux qu’il aime. (11) À présent, il ne reste que papa, à l’autre bout du monde. Au bout du fil, sur l’écran de l’ordinateur, une voix lointaine, une image pixellisée, une écriture désordonnée sur le papier lorsqu’il se sent d’humeur métaphorique. Pourtant, Leon n’a jamais autant aimé ce père qu’il a toujours admiré que depuis qu’ils sont loin l’un de l’autre. Parce que l’absence renforce et que la peine partagée ouvre des portes insoupçonnées à la proximité. Papa est désormais le seul être au monde à savoir tout de lui : le beau et le profondément laid. Les succès et les échecs. Le secret bien gardé entre ces deux hommes mourra certainement avec eux, parce qu’il est une ombre inhérente au trio qu’ils formaient. De héros, il est devenu l’égal, et d’égal, il est devenu l’ami. Père et ami. Le visage qui lui rappelle tout ce qui a toujours été, tout ce qui fut perdu et tout ce qui deviendra. (12) S’il y a quelque chose qui rassure toujours Leon, dans ses moments de dérive, c’est l’immensité du monde et l’insignifiance de son existence en son sein. Sept milliards d’individus à cet instant précis, des centaines de milliards durant sa vie entière – qui se soucie de qui il est, lui ? S’il a longtemps été effrayé par l’inévitabilité de l’oubli et par l’interchangeabilité des êtres humains, il s’est rendu compte que c’est ce qui fait la beauté du monde, en réalité. Ses doigts effleurent le globe, tandis qu’il comprend qu’il faudrait un miracle pour qu’il rencontre cette personne du fin fond du Brésil ou de la Lettonie qui, à ce même instant, n’imagine même pas la possibilité que lui, Leon, existe. Tant de personnes, une infinité de possibilités et si peu de temps. Il sourit, réconforté par la perspective d’une existence entière à découvrir. Rien ne sera jamais fini, et que sont quelques erreurs, à l’échelle du monde ? Son regard se pose alors sur la poignée d’êtres qui, malgré les probabilités, sont là, auprès de lui, ou loin et pourtant si proches. Leon le solitaire n’est rien sans eux, qui guident ses pas et martèlent sa vie de couleurs dont il est ignorant. Celui qui a dit qu’un être distant n’a pas besoin des autres est un fieffé menteur, car Leon a besoin d’être seul autant qu’il a besoin d’être entouré. (13) Son sourire se pose sur le dos nu et l’odeur limpide de la peau l’enivre. Elle est belle, rayonnante, au regard intelligent et à l’esprit passionnant. Et lui, il se contente de l’aimer. Il aime l’amour, le vrai, celui qui paralyse, tétanise puis donne des ailes. Celui qui rend le laid beau et le beau indicible. Une fois, Leon a été amoureux, vraiment amoureux. C’est tout ce que son ancienne vie lui permettait, trop souvent en tournée, trop souvent en tête-à-tête avec son piano. Quelques relations simples et sans avenir, un amour puissant dont il garde un souvenir tendre, et c’est tout. Il ne cherche rien de plus, n’est pas attiré par la chair pour la chair, et avance en se demandant si c’est sur cette route qu’il va rencontrer la femme de sa vie. Il est certain qu’elle existe – quelque part. (14) Guérison. Un mot qui le laisse perplexe, silencieux, contemplatif. Guérison. De quoi ? Il n’est pas malade, il n’a rien, son corps va bien, son esprit… va autant que se peut. Il n’entend plus les sons, c’est tout. C’est de sa faute. Il a mal fait. Il a mérité. Il vit avec le poids de ses défauts. Mais Leon, humblement, garde la tête hors de l’eau, les mains parfois plaquées contre ses oreilles. S’il n’entend plus ce qu’il joue, il n’entendra plus rien du tout. Puis il se ressaisit – non, je suis un pianiste. Un musicien. Il est incapable de se définir autrement, même des années plus tard. Guérison. Un mot. Une idée. Possible ? Il la guette sans jamais parvenir à l’attraper, sans jamais parvenir à la saisir. Un mot. Une envie. Guérison. Son esprit va mal, mais il l’ignore. Parce que ce n’était pas si grave. Pas si douloureux. (15) S’il est un musicien classique, Leon est aussi un obsédé de jazz et de sa musicalité si particulière. Lorsqu’il jouait encore, il passait ses nuits et la moindre de ses heures de temps libre à apprendre les techniques et les rythmiques, ou tout simplement, à s’allonger par terre et écouter des heures de compilation. ~ Il a beau avoir toujours vécu en Angleterre ou, plus récemment, aux États-Unis, il a grandi entre deux pays, l’élevant en parfait bilingue anglais et néerlandais. Il pense parfois dans l’un puis dans l’autre, souvent lorsqu’il repense à son enfance ou à maman. ~ Le réflexe d’épargne lui fait cruellement défaut et, pourtant, il est très peu dépensier. Il s’offre peu d’extras, se contente souvent du strict minimum, ce qui ne l’empêche pas d’être un véritable panier percé. Il prête, il oublie, il donne, sans vraiment se soucier du reste. ~ Il est de ceux qui préfèrent de loin offrir que recevoir. Il flâne souvent avec plaisir, des heures durant, pour trouver le cadeau parfait, alors qu’il est toujours gêné dans la situation inverse. ~ Il n’aime guère être pris en photo. Ni prendre des photos, en réalité. Il a tendance à laisser filer le moment et n’en conserver le souvenir que dans sa drôle de mémoire. Celle qui oublie les deux dernières heures mais qui se souvient à la perfection de cette personne croisée six ans plus tôt. C’est ce genre de gars, Leon, celui qui intègre des millions de détails insignifiants et oublie l’essentiel. ~ Lorsqu’il était plus jeune, ses cheveux étaient blonds. Il a gardé l’image du parfait néerlandais – blond aux yeux bleus – jusqu’à l’adolescence, durant laquelle il s’est assombri. Pendant l’été, il arrive qu’une pointe de doré parvienne à refaire son nid dans sa tignasse décoiffée. ~ Il éternue toujours par série de trois et toujours lorsqu’il est exposé à une lumière brusque ou puissante, le soleil, une lampe. Papa aussi, et ils faisaient des compétitions, lorsqu’il était gamin. Maman a arrêté de trouver ça drôle  lorsque Leon n’a pu se retenir d’éternuer au moment d’entrer sur scène trop éclairée durant un concours.


✻ ✻ ✻
pseudo, prénom: lewis. âge, pays: 22, belgique. personnage: inventé. dédicace: dédicace à tous ceux qui voudront de ma dédicace.  


Dernière édition par Leon Darbyshire le Dim 22 Jan - 13:41, édité 22 fois
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the diem ain't gonna carpe itself.
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:35

j'adore le dessin dans ton post
tellement de poésie qui s'annonce dans cette fiche, quelle jolie plume  
ça grouille de belges en ce moment, ça fait du bien
bienvenue ! moi j'veux de ta dédicace, compat'
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:43

ce début est poésie, je suis fan
bienvenue ici, et merci pour la dédicace
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– we make the perfect storm.
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:45

ça y est, je suis fan.
bienvenue ici, le beau gosse est à toi pour 5 jours.

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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:46

bienvenue et bonne chance pour ta fiche
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 18:52

ce début, je fonds bienvenue sur hog, et puis avec liam
on va devoir discuter lien n'hésite pas si tu as des questions I love you

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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 19:40

cette plume, de la pure poésie
bienvenue parmi nous et bonne chance pour ta fiche, je suis pressée de voir ce que tu nous réserves
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 22:23

oh les anges
@toby, le dessin c'est du peintre Egon Schiele, il a un style très caractéristique, si ça t'intéresse t'es un surchou, et un surchou belge de surcroît, j'adore
@daisy, rour avec plus que plaisir pour la dédicace
@iggy, la belle Holland merci beaucoup, pour le compliment et la réservation
@sam, merci toi I love you
@léonie, tu fonds comme un chocolat   avec grand plaisir pour le lien
@riley, mih merci toi, j'espère ne pas te décevoir alors
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 22:52

ce début de fiche véritablement beau, poétique. c'est un bonheur pour les yeux de te lire. et j'ai vraiment hâte d'en savoir plus sur ce leon. ça m'intrigue déjà. et puis liam. (pour le cliché, j'viendrais te demander un lien avec ma lova. oui, liam et jennifer, c'est beau)
bienvenue ici, en tout cas.
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mar 17 Jan - 22:56

que de beauté. entre liam et ce début de fiche, je suis fan.
bienvenue, hâte d'en découvrir plus t'as piqué ma curiosité  I love you
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MessageSujet: Re: winter wind.   Mer 18 Jan - 13:11

Quel beau début
Bonne rédaction pour la suite, & bienvenue ici
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MessageSujet: Re: winter wind.   Jeu 19 Jan - 18:02

Professeur de solfège, mon pire cauchemar de mes 7 à 15 ans (Non sérieusement, je trouve que c'est un très beau métier )
Bienvenue parmi nous, hâte d'en savoir plus sur Leon
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MessageSujet: Re: winter wind.   Jeu 19 Jan - 19:37

@ryder, t'es adorable et ton message aussi, et c'est avec plaisir pour le lien, je suis sûre qu'on va trouver mille opportunités de dégainer les gifs Galeniss  
@jedh, gno en espérant ne pas te décevoir alors, merci d'avoir pris la peine de lire
@rosie, merci beaucoup, la belle
@lewis,   désolée de faire remonter de mauvais souvenirs, promis Leon est un gentil prof   merci à toi, Theo en ambulancier, ça déchire.
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MessageSujet: Re: winter wind.   Dim 22 Jan - 13:46

c'est un plaisir de valider cette fiche que j'ai stalké du début à la fin cette plume, le personnage, bref, tout I love you  tu sais déjà ce que j'en pense bon jeu parmi nous 

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MessageSujet: Re: winter wind.   Dim 22 Jan - 19:16

merci, la plus belle I love you
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MessageSujet: Re: winter wind.   

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winter wind.
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