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 strike a match on yourself. (daisy)

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the diem ain't gonna carpe itself.
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MessageSujet: strike a match on yourself. (daisy)   Mar 10 Jan - 2:01

you're a mess of good intentions
gone wrong.
you strike a match on yourself
to keep others warm,
and now the whole goddamn world's on fire.
you try to put it out, and you try so hard.
the dam breaks,
and the waters of your sorrow pour free.
you are sorry;
so very, very sorry -

and you will drown everyone to prove it.

Il tente de se retourner avec toute la précaution dont son corps, trop habitué à l'abrupt, est capable. Les ressorts grincent. Une pointe de douleur se fait ressentir dans l'os, et elle résonne jusque dans ses dents, faisant tinter son crâne. Dans un grognement, Toby se laisse retomber dans la position originelle, sagement couché sur le dos. Il est incapable de comprendre comment quelqu'un d'aussi terriblement fatigué que lui puisse ne pas parvenir à dormir. Il l'a facilement deviné à la tête qu'a tiré Ryder lorsque Toby a passé le seuil, déposé par sa mère chez lui, chez eux, après 166 heures d'absence. Oui, il a eu le temps de faire le calcul. Il a compris que ce qui fait peur, ce n'est pas le long bandage qui lui grimpe sur le radius gauche façon momification lente, s'attaquant d'abord aux extrémités pour s'étendre doucement aux organes vitaux. Ce n'est pas non plus son bras en écharpe qui, avec les bandelettes, compose la panoplie parfaite de la vulnérabilité. Lui le géant, le lion, lui le manuel, qui utilise ses paumes autant que ses poings. Lui, désormais privé des deux. Ce qui fait peur, ce n'est pas le pansement. C'est son cadavre. Le retour du mort-vivant, des valises sous les yeux dans de délicates teintes de violet auquel son épiderme est pourtant coutumier. Peinant à retrouver la vie après avoir passé une semaine au cimetière des vivants. Ce cocon mortuaire dans lequel l'oxygène avait fini par se faire rare. Six jours. Cela fait six jours que Toby n'a pas dormi d'un sommeil naturel. Apaisant. Ses seules narcoses ont été violentes, induites par la morphine qui n'est parvenue qu'à troubler son esprit sans ôter réellement, à la douleur osseuse de la chirurgie, l'acéré de sa morsure.  Il est rentré. Il a fini par s'échapper d'entre les murs avant que ceux-ci ne se referment sur lui. Il a retrouvé l'appartement, son pieu, le bruit paresseux des quelques voitures dans la rue, et le pitter-patter délicat de l'eau dans les tuyaux, une pluie en continu qui est supposée rafraîchir ses pensées. Il a retrouvé le familier, le réconfortant. Il a retrouvé le paisible et il n'est toujours pas foutu de desserrer les dents. Il est tôt, certes. Pour ses critères. Tôt pour les bras de Morphée, voire tôt pour être rentré au bercail selon les nouveaux horaires – ceux qui sont nés à la suite des conflits, ceux qui ont été causés par, et ont contribué à, un appartement vide, un foyer creux. Il est tôt pour le Toby vivant, qui ne dort de toute façon pas. Celui qui passe la nuit dehors, entre les poings des imbéciles, ou sur le canapé, dans les pages du Southern Gothic. Celui qui troque épuisement contre sommeil, qui pousse son corps jusqu'à ce que celui-ci l'abandonne, shut down bienvenu des sens exacerbés, l'hypersensibilité délicieusement engourdie. Il est tôt pour le Toby vivant, mais son cadavre grinçant et souffreteux, aux pupilles déshydratées qui manquent de partir en poussière, n'a pas fermé l'œil en. Six. Putains. De jours. Dans un mouvement sec qui, dommage collatéral, envoie son téléphone valser contre le plancher, il allume la lampe de chevet. S'étire suffisamment – et putain, ça fait mal – pour attraper le paperback plié et cabossé qui gondole à côté de son lit. Requiem for a nun. L'un des rares Faulkner auquel il n'est pas encore allé dire bonjour, qu'il n'a pas déjà relu des centaines de fois jusqu'à ce que, fermant le bouquin sur le dernier mot, la couverture ne lui reste dans la paume. D'un côté, il y a Temple. De l'autre, Nancy. Au milieu, les mots, le pont entre elles deux, entre Toby et le calme. Les rendez-vous avec Faulkner ont toujours été ses meilleurs rencards. Sauf que, désormais, même William, il est taché. Car à chaque page tournée, la bombe explose. Le commissariat est loin derrière, une simple formalité, une chose à survivre, comme le reste, comme tout, absolument tout. Malgré cette certitude, l'air est lourd de débris. Ses oreilles résonnent. Le cliquetis de l'eau se fait compte à rebours. Et il y a cette douleur violente, vitriolique, qui reprend à zéro à chaque détonation. Cette bombe, elle a beau être a des kilomètres et a une semaine de distance, elle est bien réelle. Tellement réelle qu'elle éteint le monde. Il continue à s'acharner sur l'interrupteur de sa lampe de chevet longtemps après avoir pris conscience que cela ne servirait à rien. Le réveil s'est éteint. Pas besoin d'être un génie pour comprendre. Dans le noir le plus total, Toby se lève. Tâtonne, à une main, son chemin à travers la pièce, puis à travers l'appartement. Sans prendre la peine de s'éclairer avec son téléphone, une lampe de poche, n'importe quoi, il y va à l'instinct, guidé par rien d'autre que sa connaissance encyclopédique des lieux. Il avance à l'aveuglette jusqu'à la cuisine, trouve la boîte à fusibles, fait jouer les interrupteurs. Sans succès. Il savait pertinemment à quoi s'attendre. Pour qu'il fasse si sombre, malgré les fenêtres, cela signifie que la rue entière est plongée dans le noir. Nature humaine : il essaie une seconde foi, sans une once d'espoir. Une troisième. Juste pour voir. Et il aimerait ne pas y penser. Retourner dans son lit, espérant que les ténèbres fonctionnent comme un somnifère. Il aimerait faire taire ce souffle contre son tympan, le scalpel qui se retourne dans ses intestins. Il aimerait faire taire les souvenirs, elle, à quatorze piges, qui se laisse finalement entraîner dans la maison des horreurs de la foire, alors qu'elle lui avait répété encore et encore que c'était une mauvaise idée. Mais il adorait ça, Toby, les mauvaises idées. C'était son second prénom. Il était passé devant elle, avait tout affronté en premier, ne lâchant jamais sa main. L'avait laissée se blottir contre lui lorsque la tension de la promenade devenait trop stridente, perspective qui n'avait pas totalement été étrangère à son envie d'aller faire un tour chez les fantômes. Il faisait noir, à l'intérieur. Vraiment noir. Tellement noir qu'il n'avait vu ses larmes que lorsqu'ils étaient sortis de l'attraction et que la lumière des lampions s'y était reflétée. That's it. Trop rapide pour se donner le temps d'hésiter, il ouvre un tiroir. En sort un briquet. Fait quelques pas jusqu'à l'étagère du salon et plonge la main dans un stock plutôt réservé aux filles. En sort trois chandelles et autant de support, se rendant compte que la seule façon de porter tout cela sera d'entasser les provisions sur son bras invalide, replié contre son torse. Lentement, il effectue le chemin en sens inverse. Jusqu'à se retrouver devant la porte de Daisy. Pour s'empêcher de réfléchir, de laisser la parole aux souvenirs, à la douleur, la nostalgie, il frappe deux coups légers. "Dee ? C'est… moi." Sa voix est plus rauque qu'il ne l'aurait voulue, conséquence logique de son silence prolongé. Il entend vaguement quelque chose à l'intérieur, ignorant si c'est un grincement venu de son sommier, le vent contre la fenêtre ou une réponse verbale. Il n'attend pas d'en être sûr. Il tourne la poignée, doucement, tout son équilibre concentré sur la difficile tâche de ne rien laisser tomber. Avec la même méticulosité, il ferme la porte derrière lui. Il ne la voit pas. Il la devine. Entend sa respiration, détecte son odeur. Pluie d'été, pivoine et quelque chose d'indescriptible, de profondément elle. Sans un mot, à une main, il dépose une chandelle sur le bureau. L'allume. Une autre sur l'appui de fenêtre. Il prend le temps, trop, lui tourne le dos longuement. Les derniers vrais mots qu'ils ont échangés impliquaient du feu, eux-aussi. Celui de brasier sur les bûches, celui du venin sur la langue de Toby. Il sait qu'elle est venue le voir à l'hôpital, mais il était trop sédaté pour être cohérent, ou seulement lui-même. Bien trop, également, pour en garder un souvenir clair. Lorsque l'échéance ne peut plus être retardée, il se retourne, se dirige vers elle, silhouette désormais discernable dans la lueur pâle des bougies. Il s'accroupit devant son lit, assez près pour être chatouillé par ses expirations, et installe la dernière chandelle sur la table de nuit. Lorsqu'il l'allume, la flamme s'élance vers le plafond, mangeant toute la lumière, jusqu'à s'apaiser, imprégnant la pièce. Accroupi, dans son pantalon de flanelle et un vieux t-shirt rendu fin par les centaines de lessives, il est à hauteur de ses yeux. Et putain, qu'est-ce qu'elle lui a manqué. "Désolé," murmure-t-il, trop dévot pour piétiner le silence religieux. "C'est plus romantique que je le pensais. C'est pas le but." Tentative de lui dire qu'elle n'a pas à s'en faire. Qu'il a tourné la page. Est passé à autre chose, à quelqu'un d'autre. Qu'il est juste ce gosse de seize ans qui ne supporte pas de la savoir effrayée. Mais putain, même ce gamin, il avait des idées derrière la tête. Il lui ouvrait les bras, trouvant toujours le moyen de lui donner envie de s'y réfugier. Il fait semblant, Toby. Parce qu'il pense toujours ce qu'il lui a dit. Ils ne reviendront jamais en arrière. Tous leurs souvenirs sont tachés. Parce qu'être là, dans cette chambre, à quelques centimètres de son lit, de sa peau, c'est une douleur qui requière sa propre morphine.
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MessageSujet: Re: strike a match on yourself. (daisy)   Sam 14 Jan - 22:04

Isolée dans le creux de son lit avec Lana del Rey en fond sonore, Daisy puise au fond d'elle-même l'inspiration divine. Toby est rentré, ce soir. Alors ce soir, elle doit mettre un point final à son cadeau de noël. Trouver une boîte assez grosse pour tout contenir a été un jeu d'enfant. La remplir d'autant de paquets que d'années d'amitié, aussi. Les emballer joliment, proprement, n'a pas été une partie de plaisir mais Dee l'a fait. Elle a aussi rédigé de ridicules private jokes sur chacune des étiquettes et dicté un ordre dans lequel ouvrir ses secrets. Il y a beaucoup de babioles dedans, bien sûr, mais des cadeaux qui ont du sens, un vrai sens, assez pour valoir de l'or, nettement plus que le prix affiché qu'elle n'est plus tout à fait certaine d'avoir bien arraché. Y a les cadeaux chinés parce qu'ils lui ont fait penser à lui, ces petits riens qu'il parle d'acheter sans jamais le faire et qu'elle note toujours discrètement pour une future occasion et puis y a les cadeaux souvenirs, les faits maison, ceux qui rassemblent vingt-cinq piges de souvenirs et d'amitié insubmersible mais qui prend l'eau. Les photos annotées, les trésors piochés dans ses innombrables boîtes à souvenirs pour les lui rappeler, le carnet en cuir fabriqué douloureusement par ses soins pour compiler leurs prochains moments et puis cet itinéraire de road-trip conçu spécialement pour eux, celui dont il rêve depuis si longtemps et qu'elle aimerait lui faire vivre. Daisy, elle adore ça. Offrir des cadeaux, des attentions. Elle est la spécialiste des petits mots glissés dans les poches, des billets de 10 dollars froissés pour payer une bière et se faire pardonner d'un mot de trop, d'une absence, d'un retard, de tout ou n'importe quoi et puis des paquets qui trônent sur les lits, sans raison. Si elle n'oublie jamais un anniversaire, elle préfère pourtant éclairer les journées banales et leur conférer une lueur supplémentaire, celle qui chasse les nuages et des heures de travail maussade. Alors composer le cadeau de noël de Toby, malgré l'hiver nucléaire de leur relation actuelle, ça ne lui a posé aucun problème. Si elle se révèle maladroite, pourvue de deux mains gauche qui ne s'effacent qu'à quelques mètres du sol, sur une corde tendue ou bien des planches de théâtre, elle est créative Dee. Volubile. Les idées ont fusé par milliers et elle a eu le plus grand mal à se restreindre de lui offrir la terre et l'univers entier. Ce qui lui pose problème, c'est la dernière étape. Le point d'orgue. Cette foutue lettre. Dans son lit, ses genoux pointus comme seul pupitre, Daisy rature et recommence, inlassablement. Ses cher toby deviennent seulement toby et plus elle recommence, plus sa lettre perd en substance. C'est le premier jet, le plus sincère. Elle le sait, parce qu'elle l'a écrit d'une traite, en rentrant de ce feu de camp qui l'avait cramée toute entière sous la violence des mots de Toby. Derrière le voile de ses larmes et malgré l'amertume au fond de sa gorge, Daisy s'est livrée avec la grâce parfois insoupçonnée qu'offre l'alcool. Car ivre, on ose. On ne se soucie pas de la forme, de nos peurs, de nos craintes, on oublie nos inhibitions et même le papier-bulle autour du coeur. Même elle, si timorée, a jeté ses entrailles à l'encre de son stylo et depuis, elle est incapable de continuer. Un pas en avant amène inexorablement trois pas en arrière et ses phalanges autour du crayon lui semblent lestées de plomb. Il lui manque, Toby. Il lui manque bien plus que ce qu'elle ne saurait écrire car elle n'a pas la poésie sous la pulpe de ses doigts. Elle aimerait s'excuser, mais pas de ces mots creux qui ne font jamais sens, elle voudrait quelque chose de beau, de fort, de réel. Des arabesques aussi palpables que les plaies sur son palpitant si préservé ou le manque de lui dans son ventre. Mais elle n'y arrive pas. Et ça la rend dingue. Daisy soupire, s'agite inutilement, se refuse à prendre une pause parce qu'elle a déjà trop attendu son retour mais fait du surplace, physique comme émotionnel. Il est tard, ses paupières sont lourdes de sommeil et vacillent dangereusement mais elle n'abandonne pas, devant ses mots raturés, ajoutés, devant tout ce papier gâché et roulé en froissures inutiles. Et puis, doucement, elle rend les armes. C'est l'appel du crépuscule qui rend les confessions plus faciles, c'est la lueur de la lune qui la berce et lui offre l'impulsion nécessaire. Elle ne sait pas, mais ce qu'elle sait en revanche, c'est que ça fonctionne. Daisy fouille au sein du cimetière des mots interdits et récupère la lettre originelle pour la recopier sans la tronquer. Elle cherche seulement à l'arrondir, à l'apaiser, à l'épousseter pour la libérer des fragments de douleur, de peine et de ressentiment, tout ce poids qu'elle refuse de lui faire porter. Mais le reste est inchangé, même si c'est dur, même si parfois, ses doigts se crispent autour du stylo et rêvent de tout effacer, de gribouiller, de se cacher à nouveau dans son monde facile, évident. Mais Dee, elle résiste. Pour lui. Même quand les ténèbres envahissent sa chambre et le voisinage, elle résiste, à l'aide de la lumière blafarde et ridicule émise par son téléphone portable. Mais y a un truc qui l'a toujours terrifiée, dans l'obscurité. Une angoisse innommable qui la prend aux tripes, brûle ses veines et perle sous sa peau. Daisy, c'est la gamine qu'avait jamais peur de rien, qui suivait les casse-cous et refusait que sa condition de fille l'empêche de faire quoi que ce soit. Mais malgré tout, elle a toujours eu peur du noir, de cette crainte enfantine qui n'est jamais partie. Seuls les monstres diffèrent. Avant, elle fermait les yeux très fort pour se protéger de ceux qui gémissaient dans le placard ou grinçaient sous son lit en attendant le bon moment pour lui dévorer les pieds. En grandissant, elle a réalisé que les monstres, ils vivent à l'intérieur. Et les siens, elle ne veut ni les voir, ni les entendre et encore moins essayer de les comprendre, de les apprivoiser pour leur offrir un échappatoire. Non. Dee, c'est la fille qui n'a peur de rien si ce n'est d'elle-même, de ce déni de son âme qui gonfle de jour en jour et ne s'agite jamais plus efficacement que dans le noir le plus complet, lorsqu'elle est seule avec elle-même dans un silence qui oppresse ses poumons et qu'elle hait. C'est une crainte viscérale qui ne s'explique pas. Elle se vit, c'est tout et ce soir, elle s'abat sur elle comme une tempête. L'angoisse serre sa poitrine et Dee sent son coeur battre la mesure avec la frénésie d'un poisson hors de l'eau, effrayé à l'idée de devoir ouvrir les yeux, un jour. C'est con, d'avoir peur du noir. C'est con, cette lucidité de l'absurde mais avoir conscience de son irrationalité ne suffit pas à la balayer d'un geste et Dee, elle ne peut plus écrire. Elle se glisse entre ses draps, bien plus alerte qu'il y a quelques minutes : le sommeil s'est définitivement fait la malle, remplacé par des muscles aux aguets face à un danger imminent qui n'existe pourtant pas. Paupières closes, souffle erratique, Dee attend la délivrance qui ne vient pas, sans oser l'arracher elle-même, sans oser laisser ses pieds nus fouler le sol et se glisser hors de la chambre pour les trouver parce qu'il est tard. Et comme un miracle, elle entend sa voix.

Elle se redresse un instant dans son lit, hésitante. Est-ce qu'elle l'a pensé si fort qu'elle l'entend ou est-il réellement ici ? Les secondes lui semblent interminables jusqu'à ce qu'une silhouette qu'elle reconnaîtrait entre mille se glisse à l'intérieur, ôtant une large partie de la chape de plomb qui la recouvre. Mais pas toute, car la dernière couche est intrinsèquement liée à lui. A Toby. A ces deux mois de silence, aux non-dits qui crèvent la peau, à la violence des mots couteaux lancés pour blesser, à sa silhouette esquintée sur un lit d'hôpital, floutée par ses yeux baignés de larmes. Daisy, si expansive, si expressive, si tactile, elle ne dit rien, hypnotisée par ce qui lui semble être une apparition onirique, fruit de son imagination bien trop fertile. Ses yeux de chat s'habituent à la pénombre et s'ancrent dans le dos de Toby pour suivre le moindre de ses gestes, à peine entravés par son bras en écharpe. Un sourire effleure délicatement la commissure de ses lèvres face à son attention, au retour d'un homme qu'elle connaît par coeur et qu'elle a égaré bien malgré elle. Y a un truc qui se réchauffe à l'intérieur, un étau qui se desserre autour de sa poitrine à mesure que la faible lueur des bougies se répand pour chasser les abysses. Et pourtant, elle loupe un battement, Dee, elle a le coeur au bord des lèvres quand le visage de Toby apparaît enfin, nimbé de la lumière spectrale des flammes. Ce qu'il a pu lui manquer. Ce qu'elle a pu se ronger les sangs pour lui, à l'hôpital. Ce que c'est bon, de le retrouver, aussi proche, avec une chaleur qui apaise au lieu de brûler cette fois. Daisy, elle ne brise pas le silence même si c'est normalement son truc. Elle laisse ses prunelles alertes redessiner les traits de son visage, elle cherche à balayer la pointe d'appréhension qui demeure en l'observant et ce qui la frappe, c'est sa mauvaise mine. Il a sa tête des mauvais jours, celle des insomnies et des poings serrés et Dee, elle aimerait juste l'étreindre, embrasser les phalanges prisonnières d'un bras invalide et s'excuser d'être une amie déplorable, une amie qui fait souffrir alors qu'elle aimerait avoir l'effet inverse. Les mots éclosent contre ses lèvres mais c'est lui qui rompt le silence. Les yeux de Daisy batifolent sur les quelques bougies éparses pour en capturer l'atmosphère et elle hausse faiblement les épaules. Elle, elle voit pas de romantisme, seulement des flammes héroïques, de vaillants petits soldats pour vaincre ses peurs même si Toby le fait largement mieux. « Non... c'est bien. » s'élève sa voix rauque d'avoir été maltraitée par l'angoisse, dans l'ombre d'un sourire vacillant. C'est bien, c'est même mieux que bien, c'est exactement ce qu'il lui fallait. « T'as pas à être désolé, c'est moi qui le suis. Pour tout. » ose ajouter Daisy, après une brève oeillade en direction de tous ces brouillons de papier qui jonchent le sol et le rebord de son lit. A l'intérieur, elle est terrifiée. Elle est terrifiée, mais elle s'élance parce que le manque est trop criant pour le laisser gangrener encore davantage ses poumons qui ne savent pas comment respirer sans lui. « Je suis désolée d'avoir si peur. » Et là, il n'est plus question de la peur du noir, le minois plus grave avec lequel elle le couve d'une dévotion sans pareille est parlant. Du moins, elle le croit. Son visage a toujours été une carte aux trésors facile à déchiffrer, c'est pour ça qu'au théâtre, elle est si douée Dee. Quand on se perd sur ses traits anguleux, on y croit. « Je le fais pas exprès. » souffle-t-elle enfin dans un aveu délicat qui ressemble à celui d'une môme récalcitrante. C'est vrai, elle ne fait pas exprès d'avoir peur du tumulte des sentiments, de son instabilité, elle ne fait pas exprès en général mais avec Toby, c'est encore pire. Parce qu'il est son meilleur ami, une constante depuis toujours, une main tendue, des bras ouverts ou des sourires tendres et elle sait, Daisy. Elle sait que s'ils s'égarent, c'est pas le mur d'un échec sentimental qu'elle se mangera en pleine gueule. C'est le délitement de toute sa foutue existence. Alors ouais, elle a peur en général, elle se garde de ces relations d'adultes qui finissent par se déchirer, se haïr puis s'oublier mais elle avec lui, est est simplement terrifiée. Pas par Toby, non, jamais, elle danse avec ses démons depuis des années, elle les connaît. Mais par la perspective de le perdre. De se tromper, de se fourvoyer sur les désirs d'un coeur si peu écouté qu'il a appris à se taire. Dee, elle perd ses opales immenses dans la contemplation de ses traits tirés, fatigués, qui ne le rendent pas moins beau. Toby, il a le charme des garçons du sud, la beauté insolente de ceux qui pourraient être des salauds, qui en ont parfois les contours mais ne sombrent jamais. Parce qu'il est plus fort que ça. Largement meilleur. « Tu as mal ? » s'enquiert-elle en laissant la pulpe de ses doigts caresser précautionneusement son bras entravé, l'air soucieux d'une mère louve rivé sur ses traits. Daisy, elle ne supporte pas la douleur, elle vit avec cette peur constante de souffrir et quand ses amis ont mal, elle aussi. C'est à ça, qu'on reconnaît la profondeur des sentiments. « Tu peux rester avec moi ? » Elle prend sa voix caressante de nymphette, Dee, alors qu'elle ajuste déjà un oreiller à ses côtés, pour lui, qu'elle époussette les draps et déloge les papiers froissés par dizaines, tous ces mots chevrotants qui lui sont dédiés. On pourrait croire qu'elle cherche sa présence rassurante, Daisy, qu'elle espère se lover contre Toby pour chasser les fantômes et survivre à la nuit noire. Mais c'est pas vrai, c'est seulement ce qu'elle cherche à lui faire croire. La vérité, c'est que ses cernes violettes ne mentent pas et qu'il a besoin de dormir. Et pour l'avoir observé à de nombreuses reprises, fascinée par ses traits détendus, apaisés au repos, elle sait : à ses côtés, il a toujours trouvé le sommeil.
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